S'ennuyer est bon pour la santé mentale - Nouvelle Page Santé

S’ennuyer est bon pour la santé mentale

J’aime m’ennuyer.

Cette affirmation peut sembler incongrue ou interroger.

Pourtant, je crois que nous avons oublié une fonction essentielle de notre cerveau : ne rien faire.

Dans une société où le moindre temps mort est ressenti comme suspect et aussitôt rempli par un écran, un podcast, un message ou que sais-je, l’ennui est devenu l’ennemi.

Pourtant, lorsque nous cessons de solliciter notre attention en permanence, quelque chose d’intéressant peut se produire : l’esprit se met à vagabonder.

Et dans cet espace mental apparemment vide peuvent apparaître des idées nouvelles, des souvenirs, des associations inattendues… voire la solution à un problème qui nous résistait.

Alors oui, j’aime m’ennuyer.

Et vous ?

Le moindre temps mort nous est devenu insupportable

Imaginez une file d’attente. Il y a vingt ans, nous aurions probablement regardé autour de nous, observé les gens, laissé notre regard se perdre dans le paysage…

Aujourd’hui, il suffit de quelques secondes avant que notre main ne plonge dans la poche pour en ressortir un smartphone.

Quelques gestes rapides et le cerveau reçoit sa dose de stimulation : message, actualité, vidéo, réseau social, météo, musique… Même dans l’ascenseur, dans une salle d’attente ou au feu rouge, nous avons pris l’habitude de combler le moindre interstice.

Nous avons industrialisé la lutte contre l’ennui.

Nous avons progressivement perdu l’habitude de rester quelques minutes sans objectif précis et sans contenu immédiatement disponible.

Comme si ce face à face avec nous-même nous faisait peur.

La peur du vide ? La peur de quoi au juste ?

Même lorsque nous lui fichons la paix, notre cerveau continue à s’activer.

Il se projette simplement dans un espace différent où l’attention se relâche, où les pensées se déplacent librement et où des associations mentales que nous n’aurions pas produites en restant concentrés sur une tâche peuvent apparaître.

C’est merveilleux : il crée.

Quand le cerveau se remet à vagabonder

Il faut d’abord distinguer deux phénomènes.

Il y a l’ennui pénible, celui qui accompagne une situation vécue comme vide, imposée ou dépourvue de sens. Celui-là peut être désagréable et, lorsqu’il devient chronique, être associé à différents effets négatifs.

Mais il existe aussi ces moments de faible stimulation où nous ne faisons rien de particulier : regarder par la fenêtre, marcher sans écouter de musique, attendre le sommeil, prendre une douche, écouter le bruit de la pluie sur les carreaux, contempler un paysage.

C’est souvent dans ces moments-là que l’esprit commence à « décrocher ».

Une pensée en entraîne une autre, un souvenir revient, une idée surgit. On imagine une conversation, on repense à un problème professionnel. On fait mentalement un rapprochement entre deux choses qui, quelques minutes auparavant, semblaient totalement étrangères.

Ce phénomène est appelé mind wandering, ou vagabondage mental.

Et ce qui est formidable, c’est que tout cela se fait sans effort.

Nous sommes alors sur pilotage automatique.

Il ne s’agit pas d’un moment improductif. Au contraire, les neurosciences ont montré qu’il s’accompagne notamment de l’activité d’un ensemble de régions appelé réseau du mode par défaut (default mode network). 1

Ce réseau est particulièrement impliqué dans les pensées spontanées, les souvenirs autobiographiques, la projection dans le futur et certaines formes de réflexion intérieure.

Une revue publiée en 2025 dans Current Opinion in Behavioral Sciences souligne justement le rôle croissant attribué à ce réseau dans la pensée créative, notamment dans la capacité à établir des associations entre des informations éloignées.

Autrement dit, lorsque nous cessons de diriger volontairement notre attention vers une succession de stimuli extérieurs, notre cerveau ne s’éteint pas.

Il retrouve sa liberté et sa spontanéité.

La promenade des créateurs

De nombreux créateurs, écrivains et scientifiques ont décrit l’importance des moments où l’esprit peut vagabonder.

Charles Darwin avait notamment instauré une promenade quotidienne sur un petit chemin de son domaine, devenu célèbre sous le nom de Sandwalk. Il y marchait régulièrement, seul, en réfléchissant.

Il ne s’agissait évidemment pas de « faire une promenade pour devenir plus créatif » au sens où nous l’entendrions aujourd’hui. Mais cette habitude illustre une idée ancienne : certaines réflexions ont besoin de temps et d’un environnement zen.

La marche possède d’ailleurs une caractéristique intéressante : elle occupe suffisamment le cerveau pour éviter l’immobilité totale, mais laisse souvent une partie des ressources attentionnelles disponibles.

Elle constitue ainsi une sorte d’entre-deux : le corps est actif, tandis que l’esprit peut prendre ses distances avec la tâche immédiate.

C’est peut-être pour cela que tant de personnes disent avoir leurs meilleures idées en marchant.

Et c’est peut-être aussi pourquoi nous avons intérêt à nous méfier de cette question moderne : « Que vais-je faire pendant cette heure ? »

Parfois, la réponse pourrait être : rien.

S’ennuyer, ce n’est pas forcément regarder le plafond

Réapprendre à s’ennuyer ne signifie pas s’affaler dans son canapé et attendre que le temps passe.

Il ne s’agit pas non plus de supprimer toute activité intellectuelle.

L’objectif serait plutôt de réintroduire des espaces non programmés dans nos journées.

Quelques minutes pendant lesquelles nous n’avons pas d’objectif particulier.

Rien à produire, rien à apprendre, rien à acheter, rien à regarder.

On pourrait commencer très simplement.

Une fois par jour, accordons-nous quinze minutes sans écran, sans musique, sans podcast et sans but à atteindre.

Installons-nous quelque part.

Nous pouvons regarder dehors, marcher lentement ou simplement rester assis.

Les pensées vont venir, laissons-les passer.

Puis observons ce qui arrive lorsque nous cessons de vouloir remplir immédiatement chaque silence.

Peut-être qu’il ne se passera rien, et ce sera très bien.

Peut-être qu’une idée apparaîtra, peut-être que nous réaliserons soudain que nous sommes fatigués.

Et surtout, ne paniquez pas lorsque l’esprit commence à vagabonder.

Les premières minutes peuvent sembler étonnamment inconfortables. Nous sommes tellement habitués à être stimulés que l’absence de stimulation peut être ressentie comme un manque.

Mais il faut parfois laisser passer cette première impression.

Comme si le cerveau avait besoin d’un petit temps de transition avant de retrouver son propre rythme.

Dans un monde qui nous demande constamment d’être occupés, disponibles, productifs, réactifs et stimulés, ne rien faire devient presque un acte de résistance douce.

Et vous, comment réagissez-vous face à l’ennui ?

Vous fait-il peur ou, au contraire, est-il un moment privilégié ?

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Sources :

Merci de ne poser aucune question d’ordre médical, auxquelles nous ne serions pas habilités à répondre.

En soumettant mon commentaire, je reconnais avoir connaissance du fait que les éditions Nouvelle Page pourront l’utiliser à des fins commerciales et l’accepte expressément.

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