Depuis de longues années, je fréquente de nombreux praticiens en santé naturelle.
Ils font partie de la grande famille un peu fourre-tout des thérapeutes alternatifs, ce qui en soit ne veut pas dire grand chose car, je le rappelle, leur vocation est d’accompagner la médecine allopathique et non de la remplacer.
Au fil du temps, j’ai rencontré des hommes et des femmes extraordinaires, avec un sens de l’éthique remarquable et se livrant corps et âme pour aider leurs prochains.
J’ai aussi rencontré des escrocs, je me dois de le dire.
Un peu de bon sens devrait normalement suffire aux patients pour faire le tri, mais dans certaines situations désespérées, la lucidité n’est pas toujours au rendez-vous.
Créée en 2002, la Miviludes[1] avait pour vocation de protéger les citoyens contre les phénomènes d’emprise, les abus de faiblesse et certaines formes de manipulation mentale.
Une noble mission qui s’est malheureusement diluée dans une sorte d’inquisition qui confine au ridicule.
À tel point qu’une question émerge dans mon esprit : la Miviludes est-elle en pleine dérive ?
Une explosion des signalements : symptôme ou dérive ?
Chaque année, la Miviludes reçoit plusieurs milliers de saisines, c’est-à-dire des signalements émanant de particuliers, de professionnels ou d’institutions. Depuis 10 ans, on observe une hausse exponentielle des signalements.
En 2024, ce chiffre atteignait 4 571.
Le problème est que ces dernières années, les signalements infondés explosent.
Par exemple, en 2020, sur plus de 3 000 saisines, une quinzaine seulement ont été jugées suffisamment sérieuses pour être transmises à la justice…
L’un des points les plus sensibles concerne la nature même des signalements.
En théorie, ils permettent d’alerter sur des situations potentiellement dangereuses pour des patients qui pourraient tomber sous l’emprise de pseudo thérapeutes abusant de leur faiblesse.
En pratique, on s’aperçoit que de nombreux signalements sont motivés par :
- des conflits personnels
- des divergences idéologiques
- des préjugés envers certaines pratiques
La frontière entre vigilance et dénonciation devient alors particulièrement fragile, j’irais même jusqu’à dire dangereuse.
La Miviludes semble aujourd’hui évoluer sur une ligne de crête fragile.
Cette augmentation spectaculaire des « pseudo affaires » peut s’interpréter de deux manières :
- Au mieux comme le signe d’une vigilance accrue face aux dérives réelles
- Au pire comme l’expression d’une inquiétude sociale croissante, irrationnelle, parfois déconnectée de faits avérés
Le cas emblématique de la fasciathérapie
Les conséquences de ces signalements abusifs sont fâcheuses, car certaines décisions de justice ont contribué à entamer la crédibilité de la Miviludes.
Un exemple parlant : En 2017, la cour administrative d’appel de Paris a ordonné le retrait de la fasciathérapie du guide « Santé et dérives sectaires »[2].
Saisie par des organisations professionnelles, elle a estimé que la Miviludes n’était pas en mesure de démontrer l’existence de dérives sectaires liées à cette pratique.
La justice a notamment retenu :
- l’absence de preuve de dérives
- l’absence de risques démontré pour les patients
- et l’insuffisance des éléments avancés
Cette décision a été perçue comme une erreur d’appréciation significative, ayant porté atteinte à la réputation de nombreux praticiens et à la technique de soin en elle-même.
Des effets collatéraux parfois dramatiques
Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que même lorsqu’un dossier est classé sans suite, les conséquences peuvent être durables.
Dans les faits, de nombreux professionnels, thérapeutes, praticiens en santé naturelle, enseignants, se retrouvent dans des situations inconfortables suite à des signalements non fondés.
Une pratique alternative, un discours non conventionnel ou une phrase sortie de son contexte peuvent suffire à susciter la suspicion et à engendrer de graves ennuis.
Sur le plan sociologique, ce phénomène rappelle les travaux d’Erving Goffman sur la stigmatisation : une fois une étiquette apposée, elle modifie durablement la perception sociale, indépendamment de la réalité des faits[3].
Sur le terrain, les conséquences sont bien réelles. Des professionnels peuvent être convoqués, interrogés, contraints de justifier leurs pratiques, parfois pendant plusieurs heures, avant que l’affaire ne soit classée sans suite.
Même en l’absence de condamnation, l’impact psychologique et professionnel peut être important.
Dans une société marquée par la circulation rapide de l’information :
- une accusation peut laisser des traces sur Internet
- les moteurs de recherche peuvent ancrer pendant longtemps une suspicion
- la réputation peut être durablement affectée
Des praticiens évoquent ainsi :
- des pertes de patients et de revenus
- des difficultés professionnelles
- un isolement social
Le droit à l’oubli, pourtant reconnu au niveau européen, se heurte à la réalité numérique et à la malveillance.
Dans le domaine de la santé naturelle, où la confiance joue un rôle central, ces atteintes peuvent être particulièrement sensibles.
La santé naturelle de plus en plus dans le collimateur
Un autre point de tension concerne l’élargissement du périmètre de la Miviludes.
Historiquement centrée sur les mouvements sectaires structurés, elle s’intéresse désormais de plus en plus aux pratiques de bien-être, aux médecines alternatives, aux approches holistiques, aux stages et formations…
Certains praticiens dénoncent une forme d’assimilation entre pratiques non conventionnelles et dérives sectaires.
La confusion peut rapidement s’installer dans l’esprit collectif.
Cela nous mène peu à peu à la mise en place d’une médecine unique qui possède le savoir, opposée à une médecine sans fondement qui inspire une défiance systématique.
La grande question qui me taraude depuis bien longtemps demeure : Va-t-on pouvoir encore longtemps choisir la façon dont on veut être soigné ?
Au-delà des cas individuels, ces tensions révèlent aussi des enjeux plus profonds.
Doit-on systématiquement opposer la médecine allopathique à la médecine alternative ?
La médecine intégrative est-elle une douce illusion ?
Doit-on balayer des millénaires de pratiques traditionnelles ?
Les membres de la Miviludes ont-ils les compétences pour en décider ?
Comment protéger sans discréditer ?
Comment alerter sans stigmatiser ?
Un équilibre fragile
La Miviludes joue un rôle indéniablement important dans la prévention des dérives sectaires.
Elle est utile et nécessaire.
Les risques d’emprise, notamment dans certains contextes, sont bien réels et nécessitent une vigilance collective.
Mais les critiques récurrentes — décisions de justice, signalements contestés, effets collatéraux — montrent que cet outil institutionnel n’est pas exempt de limites.
La Miviludes devait incarner la rationalité et ce n’est malheureusement pas le cas.
Ce ne sont pas seulement les citoyens qui se plaignent. Les tribunaux administratifs et le Conseil d’État ont rappelé à plusieurs reprises la Miviludes à ses devoirs[4].
Il lui a notamment été demandé de respecter : la neutralité, l’impartialité et la rigueur factuelle.
Entre protection et stigmatisation, entre prévention et suspicion, l’équilibre reste fragile.
Depuis un certain temps, tout est mis en œuvre pour réduire au silence les pratiques qui s’éloignent un tant soit peu du dogme dit « scientifique », ou plutôt « conventionnel ».
La Miviludes semble suivre le mouvement.
N’oublions pas que la Confédération des Syndicats Médicaux Français, a demandé en 2022 au ministère de la Santé de « réglementer l’accès aux médecines alternatives et d’en interdire toute publicité. »[5]
Le mieux reste encore de rester vigilants à notre échelle individuelle.
Règle n°1 : Vérifiez que le praticien a été formé dans une école officielle.
Règle n°2 : Méfiez-vous des praticiens qui prétendent pouvoir vous guérir de tous les maux et qui cherchent à vous détourner de la médecine allopathique.
Règle n°3 : Le praticien doit être respectueux et à votre écoute. Il ne doit en aucun cas vous imposer un traitement qui vous semble inadapté. Il ne doit rien vous prescrire (pas d’ordonnance) mais simplement vous prodiguer des recommandations.
Règle n°4 : Attention à ne pas devenir dépendant. Si un praticien vous demande de revenir trop fréquemment pendant une longue période, vous pouvez vous poser des questions sur son efficacité. N’achetez pas non plus aveuglément des compléments directement à votre thérapeute. S’il insiste pour vous vendre en direct tout un tas de comprimés et autres crèmes miracles, vous pouvez avoir des doutes !
Règle n°5 : Soyez attentifs aux résultats. Si vous ne constatez aucune amélioration, ce n’est pas forcément que le praticien est mauvais, mais il se peut que sa pratique ne soit pas adaptée à votre problématique. N’insistez pas et tournez-vous alors vers d’autres techniques.
Je souhaite que les médecines douces connaissent un essor grandissant.
Pour cela, nous avons tous un rôle à jouer, que ce soit au niveau des praticiens, des patients ou des institutions de l’État.
Défendons ce patrimoine comme il se doit !
Que vous inspire la Miviludes ?
Pensez-vous comme moi qu’elle ne joue plus son rôle comme il le faudrait ?
Dites-le en commentaire !

