Parmi les nombreux remèdes de mon enfance aujourd’hui tombés dans l’oubli, je me souviens de l’Hepatoum.
Un nom qui fleure bon les temps anciens, celui de nos grands-parents dont l’armoire à pharmacie contenait une collection de bouteilles mystérieuses digne des apothicaires ambulants de Lucky Luke.
Nul ne connaît l’origine exacte de ce remède.
Il est probablement issu d’une longue lignée de préparations traditionnelles destinées à la digestion, dont les recettes variaient d’une région à l’autre ou d’un pays à l’autre.
Quoiqu’il en soit, c’est en 1955, à Saint-Yorre, que le laboratoire Hepatoum est fondé, à la faveur de la source d’eau minérale qui s’y trouve.
Le remède du même nom à base de plantes et d’eau de source connaîtra bien vite le succès, et pour cause… il est purement et simplement extraordinaire !
Tradition d’un jour, tradition de toujours !
Les préparations pour soutenir la digestion, et tout particulièrement les fonctions hépatiques, existent depuis toujours.
Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, les tisanes à base de plantes amères (chicorée, artichaut sauvage, racines, etc.), parfois mélangées à du vin ou du miel, étaient légion.
Les premières traces écrites évoquant l’Hepatoum proviennent d’un document de l’entre-deux-guerres sur lequel figure le nom d’Ernest Marie Auguste Daumas qui exerçait en tant que pharmacien dans la ville de Pantin, aux portes de Paris[1].
À cette époque, les traitements de l’insuffisance hépatique à base de plantes étaient nombreux.
Mais le laboratoire Hepatoum, fraîchement installé dans le bassin de Vichy, proposait une formule innovante, reposant essentiellement sur l’action des sels minéraux contenus dans les eaux gazeuses issues de différentes sources naturelles.
La composition de ces eaux riches en oligo-éléments et en bicarbonate leur confère des propriétés antiacides naturelles, ainsi qu’une action régulatrice sur le débit biliaire, complétées par un effet antispasmodique sur le colon.
Autant d’atouts qui, dans la formule de la solution Hepatoum, étaient renforcés par une association d’actifs : un macérat de Curcuma Longa et d’Anémone Pulsatilla, ainsi que du citrate d’alvérine (un antispasmodique d’origine chimique). Avec le temps, un colorant, le jaune de quinoléine, viendra compléter la recette.
Malgré une concurrence foisonnante, Hepatoum allait gagner peu à peu en popularité. D’abord centré sur la sphère digestive, ce laboratoire a progressivement diversifié son offre à d’autres troubles tout en faisant évoluer son produit phare.
Le produit Hepatoum a perduré pour arriver jusqu’à nous, en dépit de son retrait du marché en 2020 (j’y reviendrai plus tard).
Une formule simple qui fonctionne, et pourtant…
Après un repas un peu trop copieux, la composition d’Hepatoum permet d’éviter les inconforts digestifs.
Le remède est également précieux pour lutter contre les reflux gastriques, les brûlures d’estomac, et drainer le foie (en accompagnement d’une cure de détox par exemple).
Pour la posologie :
- En cas de crises aiguës : prenez dès le début de la crise un verre toutes les 5 minutes jusqu’à ce que le calme soit revenu.
- Pour un traitement complet : prenez de 2 à 6 verres par jour.
- Pour un traitement préventif : prenez 2 verres par jour, pendant 10 jours
Pour l’anecdote, le prix à l’époque était de 2,80 francs, remboursé par la Sécurité Sociale !
Un remède populaire, une formule simple, une efficacité reconnue, tout allait pour le mieux… jusqu’en 2020, où, coup de tonnerre, l’Hepatoum fut soudainement retiré du marché.
En cause : la présence d’alcool et du fameux colorant (jaune de quinoléine) pouvant provoquer des effets secondaires chez certains patients (agitation chez les enfants, urticaire, troubles respiratoires).
Une mesure de précaution qu’il faut saluer (on n’est jamais trop prudent)… mais qui me semble quelque peu inéquitable lorsqu’on connaît les effets secondaires terribles de certains médicaments qui circulent sur le marché.
Si l’on devait appliquer la sanction infligée à l’Hepatoum aux autres médicaments, il ne resterait plus grand chose dans les rayons des pharmacies, croyez-moi…
Ma recette pour un Hepatoum fait maison
Avant de vous livrer ma recette personnelle, sachez qu’il existe une alternative à l’Hepatoum.
Hep’after Digest est un complément alimentaire des Laboratoires Melisana Pharma[2], à base d’eau minérale de Vichy, de curcuma et d’huile essentielle de menthe, une formule quasi identique à l’élixir original donc.
À mon grand étonnement, on y trouve toujours le jaune de quinoléine qui semblait poser problème avec l’Hepatoum…
La seule explication qui me vient à l’esprit est que l’Hep’after Digest est considéré comme un complément alimentaire et non comme un médicament.
Nous ne sommes plus à une aberration près dans le monde de l’industrie pharmaceutique, n’est-ce pas ?
Pour être absolument certain d’avoir un remède efficace et sans danger, vous pouvez faire confiance à la recette toute simple que voici :
Pour un litre d’eau, il vous faudra :
- 6 cuillères à café de feuilles de menthe poivrée séchées ;
- Un beau morceau de curcuma frais (on en trouve en magasin bio et même en supermarché désormais) ;
- Afin de remplacer l’anémone pulsatile que l’on trouve difficilement dans le commerce et qui peut être toxique si mal utilisée, misez plutôt sur le boldo. Il présente une action cholérétique remarquable, favorisant la sécrétion de bile par le foie, ce qui est crucial pour une digestion efficace et le bon fonctionnement de la vésicule biliaire. Comptez 6 cuillères à café de feuilles séchées pour votre préparation ;
- Une dizaine d’étoiles d’anis étoilé (badiane) séchées, pour ses vertus digestives et pour une infusion agréable au goût.
Portez à ébullition votre litre d’eau avec les ingrédients pendant 5 minutes, puis laissez infuser à couvert une dizaine de minutes après avoir coupé le feu.
Filtrez, votre élixir digestif est prêt !
Vous pouvez boire une à deux tasses après chaque repas.
Ce remède ne doit pas être utilisé par les personnes qui souffrent d’insuffisance hépatique ou d’une obstruction des voies biliaires, ni par les femmes enceintes et allaitantes.
Avez-vous connu l’Hepatoum ?
Ce remède vous rappelle-t-il des souvenirs ? Saviez-vous qu’il était à présent remplacé par l’Hep’after Digest ? Dites-le moi en commentaire.

