Les épisodes de forte chaleur ne sont plus des événements exceptionnels.
C’est vrai, mais pour tout vous dire, je trouve que les médias en font beaucoup trop.
Ce martelage perpétuel, cette diffusion insidieuse de la peur, tout au long de l’année sur les températures trop chaudes, trop froides, sur l’humidité qui mouille et la sécheresse qui assèche…
Cela me fatigue.
Le climat ne se décline pas sur une partition immuable qui serait rejouée de la même façon tous les ans ad vitam æternam.
Le temps est capricieux, cela a toujours été et il en sera toujours ainsi.
Adaptation et bon sens restent les maîtres mots pour ne pas souffrir outre mesure de ces changements parfois brutaux.
Surtout pour les plus fragiles d’entre nous.
Les symptômes à surveiller
Commençons par être attentifs aux signaux que nous envoie notre organisme lorsque le thermomètre s’emballe.
Les principaux effets d’un coup de chaleur et/ou d’une déshydratation sont assez simples à identifier.
Le signal d’alarme doit retentir en cas de :
• température corporelle supérieure à 40°C,
• peau rouge, chaude ou sèche,
• soif intense,
• maux de tête, vertiges, nausées,
• arythmie cardiaque, essoufflement,
• confusion,
• somnolence,
• perte de connaissance,
• urines foncées et peu abondantes.
Face à ces signes, le mieux est d’avertir les secours car ils sont révélateurs d’un organisme en grande souffrance face à la chaleur.
Les conséquences peuvent être graves si on ne fait rien.
Avant d’en arriver là, quelques bonnes habitudes doivent devenir automatiques dès qu’il fait trop chaud.
Boire avant d’avoir soif reste essentiel.
De petites quantités d’eau (éventuellement sous forme d’infusion) doivent être consommées régulièrement tout au long de la journée pour atteindre au minimum 1,5 litre.
Pensez à préserver la fraîcheur de votre environnement :
• fermez volets et fenêtres pendant les heures chaudes,
• aérez tôt le matin et tard le soir,
• utilisez des ventilateurs ou une climatisation si possible.
En période de canicule :
• évitez de faire du sport en plein soleil ou de façon trop intense. L’objectif n’est pas l’inactivité, mais l’adaptation !
• accordez-vous plus de repos qu’à l’accoutumée (une petite sieste après le déjeuner est recommandée si vous en avez la possibilité),
• privilégiez les déplacements matinaux,
• prenez régulièrement une douche fraîche ou, au minimum, mouillez votre nuque et vos avant-bras.
Enfin, adaptez votre alimentation : augmentez vos portions de fruits et légumes riches en eau et en oligo-éléments et évitez les excès de table.
Attention en cas de problèmes cardiovasculaires !
Si la chaleur est souvent associée à la fatigue, à la déshydratation ou à l’inconfort, ses conséquences sur le système cardiovasculaire restent encore sous-estimées.
Pourtant, le cœur est l’un des premiers organes mobilisés lorsque le thermomètre grimpe.
Afin de maintenir une température corporelle stable, l’organisme doit adapter en permanence sa circulation sanguine.
Plusieurs mécanismes sont alors mis en œuvre pour évacuer l’excès de chaleur :
• dilatation des vaisseaux sanguins de la peau,
• augmentation du débit sanguin périphérique,
• accélération du rythme cardiaque,
• production de sueur afin de refroidir l’organisme.
Chez une personne jeune et en bonne santé, ces mécanismes sont généralement efficaces.
En revanche, chez les sujets fragiles (personnes âgées, hypertendues, insuffisantes cardiaques ou patients sous traitement cardiovasculaire), cette adaptation peut rapidement devenir insuffisante.
Ce processus paraît simple, mais il représente en réalité un effort considérable pour le système cardiovasculaire.
La tension artérielle peut chuter, le rythme cardiaque s’accélérer excessivement et le muscle cardiaque manquer d’oxygène, surtout en cas de maladie coronarienne.
Le problème est aggravé lorsque la chaleur s’accompagne d’humidité élevée, d’absence de vent ou de nuits trop chaudes empêchant l’organisme de récupérer.
La situation est encore plus délicate lors des premiers épisodes de chaleur intense, car le corps n’a pas eu le temps de s’acclimater.
Deux troubles fréquents particulièrement problématiques : l’arythmie et l’insuffisance cardiaque
Les fortes chaleurs augmentent également le risque de troubles du rythme cardiaque, notamment au-delà de 39°C.
Une arythmie correspond à un rythme cardiaque anormal, qu’il soit trop rapide, trop lent ou irrégulier.
Le cœur perd alors sa synchronisation normale, ce qui peut provoquer des palpitations, un essoufflement, des vertiges, voire un malaise.
Parmi les arythmies les plus fréquentes figure la fibrillation atriale.
Il s’agit d’un trouble à prendre très au sérieux.
Les oreillettes du cœur se contractent de façon rapide et désorganisée. Le sang circule moins efficacement, ce qui augmente notamment le risque de formation de caillots et d’accident vasculaire cérébral (AVC).
Certaines études montrent que les épisodes de fibrillation atriale sont deux à trois fois plus fréquents lors des périodes de chaleur extrême.
La déshydratation, la perte de minéraux (sodium, potassium, magnésium), l’augmentation du stress cardiaque et les troubles du sommeil liés aux nuits chaudes créent un terrain particulièrement favorable à ces dérèglements.
Méfiance, donc.
Les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque figurent parmi les populations les plus exposées durant les canicules.
Le cœur peine déjà à assurer une circulation efficace au repos ; alors en cas de forte chaleur…
Les signes d’alerte incluent :
• un essoufflement inhabituel,
• une fatigue importante,
• des jambes gonflées,
• une sensation d’oppression,
• une confusion ou un malaise.
Pour les personnes qui souffrent de ces deux troubles fréquents, le coup de chaleur constitue une urgence vitale nécessitant une prise en charge immédiate.
Médicaments cardiovasculaires : attention aux interactions avec la chaleur
Certains traitements cardiovasculaires peuvent modifier la capacité du corps à s’adapter aux fortes températures.
C’est notamment le cas :
• des diurétiques,
• des bêtabloquants,
• des inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC),
• de certains antiarythmiques.
Les bêtabloquants, par exemple, ralentissent la fréquence cardiaque. Or, lors d’une exposition à la chaleur, le corps a justement besoin d’augmenter son débit cardiaque pour évacuer l’excès thermique.
Les diurétiques, eux, augmentent les pertes hydriques et peuvent favoriser la déshydratation, l’hypotension et les déséquilibres électrolytiques.
Il est donc essentiel de ne jamais modifier son traitement seul.
Toute adaptation doit être réalisée avec un médecin ou un cardiologue.
Même les sportifs ne sont pas à l’abri
Les récents épisodes de chaleur ont montré que les accidents cardiovasculaires ne concernent pas uniquement les personnes fragiles.
Lors de plusieurs courses à pied organisées récemment, des centaines de coureurs ont présenté des malaises plus ou moins graves.
Certains ont fini à l’hôpital, et quelques-uns sont malheureusement décédés.
L’effort physique produit déjà de la chaleur interne. Lorsque l’environnement extérieur devient trop chaud, le corps peut ne plus réussir à dissiper cette surcharge thermique.
Même avec un cœur sain, l’organisme peut alors entrer dans une zone de danger physiologique.
Encore une fois, le simple bon sens devrait suffire à éviter de tels drames.
Le cœur possède des capacités d’adaptation remarquables, mais celles-ci ont leurs limites.
La chaleur extrême agit comme un révélateur de fragilités parfois silencieuses : hypertension mal contrôlée, insuffisance cardiaque débutante, troubles du rythme méconnus, ou effets secondaires médicamenteux.
Pensez à ralentir le rythme et surtout à protéger les personnes les plus vulnérables.
Que pensez-vous de ces épisodes de chaleur ?
Comment vous protégez-vous durant ces périodes ?

